Nos cordes vocales sont le moyen d'expression par excellence, le son de la voix traduisant l'atmosphère émotionnelle dans laquelle nous baignons intérieurement.  L'écoute nous aide à décrypter, puis cheminer de la perception à la conscience, de la conscience au dénouement, pas à pas vers la paix et la clarté.  Un son juste dit vrai.  A travers lui on lit, comme dans un livre ouvert les états d'âmes et les souhaits, les victoires, les vérités. Le larynx est au son, ce qu'un prisme est à la lumière. Le prisme diffracte en arc-en-ciel quand les faces sont planes et belles. Mais le sont-elles toujours? Qu'en est-il de notre aptitude, dite gavié, à nous exprimer? N'est-il pas utile parfois de prendre le LA?

La justesse se cultive, et loin d'un vague stratagème, le courant naad nous relie à nous même.  Dépassant nos préjugés, l'oreille s'ouvre, laisse venir le son. Ainsi nous acceptons d'écouter l'inentendable. Le mental ajuste ses repères, relâche des secrets bien gardés ou fait émerger des pensées prodigieuses - celles justement qui solutionnent les défis du quotidien.

L'instrument à cordes vient en appui et seconde l'ouïe, par le toucher.  Tout en préservant leur fluide liberté, il donne aux sons des repères tactiles de motricité. L'instrument est un tuteur pour ainsi dire. Il accompagne, il guide, lie l'audible au vécu, mémoire et réalité, fait fondre l'illusion, nous débarrasse à l'instant des modèles mentaux et conditionnements qui nous séparent de la vraie vie, de la pure amitié avec nous même.

Dans la tradition Nanakienne, la famille des cordes instrumentées comporte un système précis, intentionnellement conçu pour faciliter l'état de dhyana - concentration et absorption contemplative de l'attention dans le son.  Le dhyana est un prélude au véritable état de méditation.

Des maîtres yogi de la lignée ont modifié des instruments de leur époque à cet effet. Ils ont ajusté la forme, le nombre de cordes principales et sympathique ... pour un son au plus près de la voix naturelle. La suivant comme une ombre, l' instrument lui donne le bras pour ainsi dire.  Un ancrage d'objectif alors que l'être exprime les couleurs intimes de la vie qui l'anime.  Des mémoires profondes émergent, des prises de consciences.

Le premier de la lignée est le Rabab, offert à son élève par Guru Nanak XV/XVI siècle.  5 cordes au lieux des 6 des standards de l'époque : la voix de tête est évitée.  Le réel ne se révèle que par la voix parlée, naturelle, celle qui résonne dans la poitrine. C'est elle qui exprime l'humain. Il en vas de même pour les Saranda, Sarangui, Taus et Dilruba.

voici une brève découverte, mais nous vous invitons à les entendre en vrai lors de nos concerts, cours et ateliers.

 

 Au XVI siècle, Guru Arjan Dev conçoit le Saranda, faisant évoluer les milles couleurs du sarangi - instrument originel de la nuit des temps vers une sonorité plus profondes. Il introduit aussi le Jori, percussion qui rythme le va et vient des archers, en des cycles divers allant de 6 à 16, pairs et impairs, sans reculer devant les nombre premiers. Soyons rassurés, les rythmes qui nous sont familiers y sont les plus fréquents (multiples de 3 et 4).  Mais le charme envoutant des 7 (14) ou la rigueur souple des 5 (10)  a tant à  nous dévoiler de nous même, et de comment nous organisons nos activités, conscientes ou automatiques. Que ce soit le débit de parole, ou notre façon de marcher, mâcher, nous organiser, de tomber pile à l'heure ou à coté ...  tout cela relève de nos rythmes de vie.

La Dilruba et leTaus sont les plus modernes, et également les plus accessibles à l'apprentissage. Ils datent de la fin du XVIII et permettent une prise en main immédiate, aux adultes et aux enfants. La forme est plus allongée et les doigts sont guidés par des frettes permettant de trouver le ton juste. D'un accès presque digitale comme au piano, la liberté de l'espace interstellaires entre notes est préservée, car elle est essentielle à l'expression et l'exploration sonore réelle.  Le but ultime est en effet de composer soi-même, enraag et en mantra, selon son propre univers, ses peines, ses joies.  Il en résulte soulagement, sérénité et de beaux projets. Le premier, c'est l'amitié de soi à soi. Ici et maintenant, même sans être filmés, souriez !